Une doctorante en chimie à Antananarivo transforme les fibres de bananier et de cyperus en matériel biodégradables et accessibles.
Par Iris Engono avec lemag.ird.fr
Une doctorante en chimie à Antananarivo transforme les fibres de bananier et de cyperus en matériel biodégradables et accessibles.
Par Iris Engono avec lemag.ird.fr
Larissa-Valisoaniaretana cueille déjà des fruits de son amour pour les plantes. La Malgache, doctorante en chimie à Antananarivo a mis sur pied des protection hygiéniques avec des fibres de bananier et de cyperus.
Elle a commencé par la valorisation de ressources végétales endémiques à partir d’études phytochimiques. Cette expérience nourrit son intérêt pour les fibres végétales et leur potentiel de valorisation. Elle se penche d’abord sur celles du bananier, une matière particulièrement intéressante, disponible toute l’année sur l’ensemble du territoire malgache, mais encore peu valorisée. Puis elle se tourne vers celles du Cyperus, une plante aquatique reconnue pour ses propriétés absorbantes et antibactériennes. En associant ces fibres à la cellulose de manioc, Larissa Valisoaniaretana met au point une nouvelle matière.
Une alternative locale et écologique
Lors d’un événement consacré à l’entrepreneuriat, la scientifique rencontre Avotriniaina Liane Andriambelozaka, avec qui elle cofondera le projet SEBIO. Celle-ci souhaitait produire localement des protections hygiéniques et recherchait une personne ayant les compétences scientifiques pour l’accompagner. Comme Larissa travaillait déjà sur la transformation de fibres végétales en matériaux absorbants, c’est tout naturellement qu’elles ont décidé de s’associer. Leurs compétences complémentaires en recherche et production pour l’une, et vente et marketing pour l’autre, leur ont ainsi permis de transformer progressivement une application scientifique en projet entrepreneurial autour de la serviette hygiénique absorbante, à la fois performante et écologique.
Leurs compétences complémentaires en recherche et production pour l’une, et vente et marketing pour l’autre, leur ont ainsi permis de transformer progressivement une application scientifique en projet entrepreneurial autour de la serviette hygiénique.
Larissa explique le choix porté sur les protections hygiéniques. « J’avais l’opportunité de travailler sur différents produits, comme le carton et la lingerie, mais je me suis concentrée sur les protections hygiéniques car leur utilisation soulève d’importantes préoccupations économiques, sanitaires et environnementales», indique-t-elle. En effet, à Madagascar, les protections hygiéniques sont majoritairement importées, ce qui les rend chères et parfois difficiles à trouver. Elles contiennent par ailleurs du plastique et, pour certaines, des substances nocives pour la santé, comme la dioxine. « De nombreuses femmes ressentent de l’inconfort quand elles utilisent des serviettes hygiéniques. Ces produits provoquent chez elles allergies et démangeaisons, mais elles n’osent pas en parler car la santé féminine reste taboue à Madagascar », observe-t-elle. La valorisation des fibres naturelles endémiques de l’île pour créer des serviettes hygiéniques biodégradables offre ainsi une alternative économique et écologique, adaptée à un besoin réel des femmes. De premiers prototypes ont été produits et font actuellement l’objet de tests microbiologiques, dermatologiques et hypoallergéniques en laboratoire. La jeune dame porte un des trophées de l’innovation de l’Institut de recherche pour le développement (IRD).
La difficulté d’accès aux protections hygiéniques s’observe aussi au Cameroun. A cause du coût élevé des produits disponibles sur le marché, certaines adolescentes et femmes ont du mal en s’en procurer et du coup leur période de menstruation, phénomène pourtant normal, est vécue comme un calvaire. Il n’existe pas de chiffres officiels pour illustrer cette difficulté. Toutefois, des études réalisées par certaines organisations non-gouvernementales révèlent qu’environ 16 filles sur cent ont manqué l’école faute de protection hygiénique.
Les trophées de l’innovation datent de 2023 et sont un concours international pour les doctorants et les jeunes scientifiques initié par l’IRD et ses partenaires.
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