Des résultats des enquêtes menées par les organisations de la société civile, grâce à l’outil numérique, l’Open Timber Portal, renseignent qu’au moins un milliard de Fcfa, près de 2 millions de dollars sont perdus chaque année à cause du pillage des forêts ; révélations récemment faites aux journalistes à Yaoundé.
« Ce sont nos forêts qui sont en train de disparaître, c’est le Cameroun qui est en train de pâtir, ce sont nos communautés locales qui vivent dans la forêt qui sont en difficultés à cause de la mauvaise gestion de ces forêts. Il est important pour nous journalistes de faire des productions de fond grâce à toutes ces données et ces statistiques à notre disposition, issues des travaux de recherche des experts. Des productions qui pourront avoir un impact significatif, parce que l’objectif est d’arriver à une meilleure gestion par les décideurs, en faveur de la préservation de nos forêts, et des populations autochtones. », souligne Line Renée Batongue, présidente de Scilife. Cet appel de la journaliste scientifique fait suite à la présentation des résultats d’une enquête réalisée par des entités de la société civile sous l’impulsion du centre pour l’environnement et le Développement (CED).
Le CED a entretenu des journalistes au cours d’une rencontre (Café-sciences) organisée par l’Association des journalistes et communicateurs scientifiques (Scilife) en présence des membres de l’antenne camerounaise des Journalistes scientifiques d’Afrique francophone (RJSAF), de ceux du journalists Network for Maputo Action’s Plan (JNMAP), entre autres.

L’enquête s’est faite dans le département de la Boumba-et-Ngoko, dans la région de l’Est. «(…) Nous avons eu, via notre réseau d’informateurs, un ensemble d’alertes et d’indices qui montraient qu’il y avait un trafic de bois qui se faisait entre le Cameroun et le Congo à travers le fleuve Ngoko, qui sépare les deux pays », a révélé Achille Wankeu, analyste forestier, Chargé du projet Open Timber Portal (OTP-OI) au CED.
Les exploitants utilisent des radeaux sur lesquels sont superposés les bois et acheminés, grâce au débit naturel du fleuve jusqu’à destination (en territoire congolais). « Le coût d’évacuation est faible, les rentabilités sont fortes, parce qu’un bois vendu au Cameroun à 2 500 FCFA est vendu là-bas à 5 500 FCFA pour le cas de l’Ayous, l’Iroko qui est vendu au Cameroun à 5 000 FCFA est vendu 15 000 FCFA au Congo. On a des radeaux qui peuvent être constitués d’à peu près 25 colis, étant donné qu’un colis c’est environ 100 pièces. Lorsqu’on chiffre en termes de coût c’est beaucoup d’argent. C’est un trafic qui était installé et qui se faisait au vu et au su de tous, y compris la population, parfois même les autorités », a estimé Achille Wankeu. Ce trafic, a insisté le principal intervenant connaît du succès parce que les acteurs opèrent dans des zones reculées qui ne connaissent rarement des contrôles des agents de l’Etat
Les conséquences affectent aussi bien l’économie que l’environnement et le social.
Nous n’avons pas eu de réaction des responsables en charge des questions forestières malgré notre souhait. Toujours est-il que l’enquête du CED renseigne que ces opérations qui se déroulent généralement de nuit n’épargnent pas des essences emblématiques qui circulent avec des documents frauduleux et la connivence des agents censés veiller à leur protection. Des pratiques dont les conséquences affectent aussi bien l’économie que l’environnement et le social.
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« Il faut intégrer la formation de contrôle en milieu marin dans les écoles parce que parce que les apprenants de l’école des eaux et forêts ne savent pas naviguer sur l’eau. Dire qu’on va planter est une rhétorique. Avec des traditionnalistes, on a expérimenté le reboisement. L’ébène planté par exemple par l’homme, ne produit pas le même son sur la guitare que celui planté par un mode de propagation par l’éléphant, qui a un meilleur son. Donc, le reboisement n’est pas la solution, il faut protéger », a averti Achille Djeagou, expert au World Ressources Institute (WRI). Lui qui a aussi dit qu’« Il faut aider les journalistes et communicateurs à comprendre ce qui se cache derrière les phénomènes liés à l’exploitation illégale du bois de nos forêts, parce que devant les décideurs il y’a beaucoup de rhétorique. Quand vous allez dénoncer l’exploitation illégale, on va vous dire qu’il y’a une loi. Par la COMIFAC, les gouvernements ont décidé de mettre des postes de contrôle mixtes conjoints frontaliers. Sur papier, il y’en a entre le Cameroun et le Congo, mais sur le terrain, on ne voit ni camerounais, ni congolais, pourtant il existe une stratégie de contrôle sous régionale d’application immédiate, signée en 2028. Donc, il y’a problème ».
Crée en 1994, le CED est une organisation de la société civile reconnue pour son travail d'observation indépendante dans le secteur forestier. Il agit en collaboration avec d'autres structures comme le World Ressources Institute (WRI), FLAG ainsi que le Réseau des Chefs Traditionnels d’Afrique pour la gestion durable des forêts et de la biodiversité (RECTRAD), dont les représentants au café-science ont tous invité à une parfaite collaboration.
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