La Convention de Ramsar qui s’est ouverte le 23 juillet 2025 a été précédée par un constat alarmant dressé par le rapport du Fonds mondial pour la nature qui prédit la disparition d’au moins un quart des espèces de poissons des eaux douces africaines.
Comme les forêts et les autres écosystèmes, les zones humides jouent un rôle important dans le développement durable de la planète. C’est bien pour réguler la gestion durable de ces zones humides qu’en 1971, a été signée, à Ramsar, en Iran, un traité international sur la gestion des zones humides. Connu sous le nom de la Convention de Ramsar sur les zones à laquelle plusieurs pays ont adhéré. La Conférence des parties de cette convention se tient tous les trois ans.
La 15 édition de cette convention (Cop15) se tient à Vitoria Fall, au Zimbabwe du 23 au 31 juillet en cours. Comme pour la conférence sur le changement climatique, des participants vont discuter pour proposer de orientations pour la survie des zones humides.
Ces discussions vont se baser sur certaines réalités et documents dont « Africa’s Forgotten Fishes », entendez : « Les Poissons oubliés du monde …ET LE PLAN D’URGENCE POUR LES SAUVER », le rapport du Fonds Mondial pour la Nature (WWF) produit récemment.
Un document qui analyse la situation des eaux douces d’Afrique qualifiées de « véritable système de survie des populations et de la nature » par Eric Oyare, le responsable Eau douce pour le WWF Afrique. D’ailleurs ces eaux ont un riche potentiel avec en poissons hissant ainsi 12 pays du continent parmi les 25 meilleurs producteurs de poissons d’eau douce dans le monde.
Malheureusement, avertit le WWF, 26% des espèces africaines de poissons d’eau douce sont menacées d’extinction. Dans un continent où la plupart d’individus, parce que vivant en dessous du seuil de pauvreté, ne peuvent pas facilement se procurer des protéines animales.
Et Eric Oyare de reconnaître amèrement que : « Lorsque ces poissons disparaissent, ce sont bien plus que des espèces que nous perdons : nous perdons la sécurité alimentaire et nutritionnelle, les moyens de subsistance, l’équilibre des écosystèmes et notre capacité d’adaptation face au changement climatique ».
Une étude de 2025, signée de Edmondstone et al. Et citée dans le rapport du WWF indique que : « Les rivières, lacs et zones humides d’Afrique abritent au moins 3281 espèces de poissons d’eau douce. Chaque année, de nouvelles espèces sont découvertes en Afrique – dont 28 en 2024. Certaines espèces n’ont pas encore été évaluées, et beaucoup le sont encore peu : 558 sont classées comme Données insuffisantes dans la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Des causes évitables
La destruction des habitats par les activités humaines exaspère la menace sur les poissons d’eau douce. La construction des barrages qui va avec la déforestation, l’exploitation des mines et l’agriculture moderne, qui à cause de l’utilisation de produits chimiques, pollue les cours d’eau en favorisant la présence des espèces envahissantes et la surpêche et la pêche illicite qui se pratique avec des filets aux mailles non-conformes et même avec des insecticides auxquelles s’ajoute le changement climatique, qui perturbe les précipitations, provoquent la baisse des quantités d’eau douce en Afrique. « Il est très rare, par exemple, que toute la valeur économique et sociale des poissons d’eau douce et des pêcheries soit prise en compte dans les décisions relatives aux barrages hydroélectriques, au drainage des zones humides, au dragage pour la navigation ou à l’extraction de sable », regrette le rapport. Ce sont des causes évitables et le WWF appelle les participants aux assises de Victoria Falls à mettre un place un Plan d’urgence pour la protection des zones humides.
9500 tonnes de poisson exploitées illégalement chaque année
Au Cameroun, des initiatives de lutte contre les pratiques irresponsables de gestion de la biodiversité marine existent, bien qu’avec des résultats encore moins satisfaisants. En décembre 2023, le ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF), en collaboration avec la Cameroon Wildlife Conservation Society, (CWCS) et le Cameroon Mangroves Network, avait lancé une croisière contre la pêche illicite.
Le projet avait d’abord pris corps dans les eaux du Parc National Terrestre et Marin de Douala-Edea, dans la Région du Littoral au Cameroun. Ce parc a vu le jour en 2018 mais est le théâtre des nombreuses menaces d’extinction de sa biodiversité. En dehors de la pêche illicite qui conduit au transbordement illégal des produits pêchés dont les espèces maritimes protégées, l’on déplore des conflits récurrents entre pêcheurs artisanaux et pêcheurs industriels. Des pêcheurs industriels qui utilisent des navires industriels sur les zones de pêche artisanale.
A cause de ces pratiques, 9500 tonnes de poisson sont exploitées illégalement chaque année par des navires de pêche industrielle appartenant pour la plupart à des Asiatiques, selon les estimations des spécialistes. Des chiffres qui peuvent être au-dessus de ces estimations, étant donné la rareté des évaluations officielles dans ce domaine.
Le projet de lutte contre la pêche illicite a été précédé par un carton rouge brandit par la Commission européenne sur les produits issus de la pêche camerounaise. Tous les produits, y compris ceux jouissant de certificats de capture validés par les autorités nationales étaient visés par cette mesure. La pêche Illicite, non Déclarée et non Réglementée (INN) était l’une des causes principales du carton rouge.
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