Tel est le sombre tableau de cette maladie infectieuse au Cameroun, dressé par Positive-Generation ce 24 mars, Journée mondiale de lutte contre cette pathologie.
Tel est le sombre tableau de cette maladie infectieuse au Cameroun, dressé par Positive-Generation ce 24 mars, Journée mondiale de lutte contre cette pathologie.
« Aujourd'hui, le monde commémore la journée mondiale de lutte contre la tuberculose. Des déclarations solennelles seront faites. Des chiffres encourageants seront cités. Et demain, à l'hôpital St Jean de Malt de Njombé, dans la région du Littoral, les médicaments antituberculeux seront toujours en rupture comme ils le sont depuis le début de l'année 2026. », c’est le cri de détresse de l’association Positive Generation, qui œuvre pour le respect des droits des personnes vulnérables en jouant un rôle de sentinelle afin de faire respecter les engagements pris par le Cameroun auprès des institutions internationales afin d’offrir aux clients les services de santé dont ils ont besoin.
Dans un communiqué produit par les responsables de Positive-Generation, il est indiqué que 25.000 nouveaux cas de tuberculose sont notifiés chaque année au Cameroun mais, ce nombre ne représente que la moitié de ce qui devait être.
Cet état de choses est reconnu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et affecte beaucoup plus la prise en charge de la tuberculose (TB) pédiatrique qui fait face à la sous-détection (seulement 5,7%) à cause du diagnostic complexe (faible sensibilité des tests, difficulté de prélèvement) et diagnostic souvent présomptif. Les défis incluent aussi des ressources limitées, une faible couverture du traitement préventif et des coûts élevés, aggravés par la stigmatisation. « De nombreux enfants ne sont pas diagnostiqués ou le sont tardivement, car les méthodes microbiologiques classiques (ex: GeneXpert) sont moins performantes chez l'enfant. La majorité des diagnostics reposent sur des critères cliniques et radiologiques, parfois imprécis, plutôt que sur une preuve bactériologique », constate Expertise France.
« Positive-Generation ne commémore pas. Elle documente. Et ce qu'elle a documenté pendant quatorze mois consécutifs, à travers les sentinelles et observateurs du Treatment Access Watch (TAW) présents dans 91 formations sanitaires de 36 districts de santé, mérite d'être dit clairement, ce 24 mars 2026 », relève le communiqué. « Le Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT) a lui-même annoncé, le 24 mars 2025, que les cas notifiés avaient atteint un pic en 2024 avec plus de 1 500 nouveaux cas supplémentaires par rapport à 2023. Le Cameroun notifie chaque année plus de 25 000 nouveaux cas de tuberculose, dont près de 1 500 enfants de moins de 15 ans. La région du Littoral où nos observateurs documentent les ruptures les plus persistantes concentre à elle seule 15,59% des cas nationaux », révèle Positive-Generation.
Et d’ajouter : « Mais voici le chiffre que les discours officiels ne prononcent jamais : selon les estimations de l'OMS reprises par le PNLT lui-même, un cas sur deux n'est pas détecté. Un malade sur deux touche , contamine sa famille, s'affaiblit, parfois meurt sans jamais recevoir de diagnostic. Et lorsque des tests de dépistage existent et que des soignants veulent les utiliser, ils doivent désormais comme dans le district de Sangmélima faire payer le patient pour un test que la loi garantit gratuit ».
Les rapports hebdomadaires du TAW racontent une réalité que les statistiques nationales peinent à saisir. À l'hôpital de district de Nkolndongo, les antituberculeux manquent de façon récurrente depuis le début de l'année 2025. En décembre 2025, l'hôpital St Jean de Malte de Njombé était à son tour en rupture de RHEZ, traitement de première ligne contre la tuberculose. L'hôpital de district de Bonassama manquait de RH. Les formations sanitaires en rupture de traitement TB représentaient 11,1% de celles monitorées par le TAW en septembre 2025 et encore 8,1% en décembre.
Derrière ces pourcentages, il y a des personnes. Une sentinelle TAW dans un hôpital de la région du Littoral décrivait ainsi la situation face aux ruptures persistantes : « Le personnel médical dit être désolé de cette situation face à laquelle il ne peut faire grand-chose.» Un soignant désolé. Un malade sans traitement. Et une décision ministérielle qui garantit la gratuité et la disponibilité des médicaments antituberculeux, affichée sur le mur du couloir, inappliquée.
Au CMA de Monavebe dans le district de Sangmélima, région du Sud, nos observateurs ont documenté en décembre 2025 que les tests de crachat — outil indispensable au diagnostic de la tuberculose — sont facturés aux patients. « Un patient qui doute de sa santé doit choisir entre payer et savoir, ou ne pas payer et rester dans l'ignorance. » Dans un pays où l'incidence est de 164 cas pour 100 000 habitants et où la moitié des malades ne sont jamais détectés, cette barrière financière illégale n'est pas une anecdote. C'est un facteur de propagation.
181 cas de tuberculose multirésistante en 2023
La tuberculose se guérit. Mais elle exige un traitement continu de six mois au moins. Un traitement interrompu parce que les médicaments ont manqué à l'hôpital ne produit pas simplement un malade non guéri. Il produit un malade résistant aux médicaments. La tuberculose multirésistante est plus difficile à traiter, plus coûteuse, plus mortelle. En 2023, le Cameroun notifie déjà 181 cas de tuberculose multirésistante. Chaque rupture de stock non résolue est une fabrique silencieuse de résistances.
Et pendant que ces résistances se développent, en 2024 seulement 5,9 milliards de dollars ont été consacrés mondialement à la prévention et au traitement de la TB, soit à peine un quart du financement requis. Le Cameroun n'est pas seul dans cette crise. Mais les ruptures documentées par le TAW ne sont pas des fatalités liées au sous-financement mondial. Ce sont des défaillances locales de gestion, de contrôle et de volonté d'appliquer les textes en vigueur.
L’ouverture aux nouvelles méthodes de dépistage comme TB PEC@2.0 peut susciter l’espoir pour l’amélioration de la situation.
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