De la réunion tenue à Bertoua, le 10 juillet, entre les responsables du MINFOF, ceux d’autres administrations ainsi que de la société civile, il ressort que certaines informations contenues dans le communiqué des OSC n’ont pas été préalablement recoupées auprès des sources officielles ; une franche collaboration a été souhaitée pour éviter d’autres dérapages du genre.
Par Adrienne Engono Moussang, à Bertoua
Y a-t-il eu ou alors, y a-t-il pillage dans la forêt communautaire Djoko-Baka ? La réponse de Jean Pierre Yeyenga, conseiller de l’Association Djoko-Baka est sans ambages. « Il n’y a jamais eu pillage dans notre forêt. Il nous a été demandé de nous constituer pour gérer nous-mêmes cette forêt. Nous n’avons pas de problème », pointe-t-il. Le même sentiment est partagé par d’autres membres de cette association qui, comme d’autres représentants des administrations, des organisations de la société civile (OSC), des médias, etc. ont participé à une réunion d’échanges initiée par le ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF) à Bertoua, chef-lieu de la Région de l’Est. Réunion faisant suite un communiqué signé par vingt organisations de la société civile pour dénoncer « le pillage » de la forêt dans la réserve de Ngoyla et la forêt Djoko-Baka, créée pour les Baka, en compensation à la mise en place de l’aire de conservation susmentionnée.
Les griefs relevés dans le communiqué, relayés par des médias, ont trouvé des réponses des responsables du MINFOF, du ministère des Mines de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT). D’abord, les 42 566 alertes de déforestation ont été enregistrées dans la Réserve de faune de Ngoyla entre le 3 novembre 2025 et le 8 juin 2026, par le Global Forest Watch (GFW). Dans la Forêt communautaire Djoko, 2 347 alertes ont été recensées entre le 9 décembre 2025 et le 8 juin 2026. « Les alertes correspondent, en leur période, comme dans leur réalisation, aux opérations de récupération de bois. Les alertes du GFW n’indiquent pas la déforestation mais informent que dans la localité, il y a quelque chose qui se passe. Mais dans les unités forestières d’aménagement (UFA) où l’activité se déroule légalement, on note la présence des alertes. Il faut donc superposer ces alertes au cadastre forestier pour savoir s’il s’agit d’une activité illégale », a indiqué le Directeur des forêts, Daniel Mendomo. Pour ce dernier comme, pour d’autres responsables de ce secteur présents à Bertoua, un texte de déclassement de la forêt de la réserve de Ngoyla n’était plus nécessaire, étant donné que le décret du chef de l’Etat octroyant un permis minier dans cette zone annule le décret signé en 2014 par le Premier ministre qui créait la réserve de Ngoyla. « La loi de 1994 prévoit que le ministre des Forêts et de la Faune organise l’enlèvement du bois, en cas de défrichage d’un espace. Lequel défrichement impose automatiquement son déclassement, conformément à l’article 17 de la loi forestière. Il ne s’agit donc pas de ventes de coupes classiques, il se fait par vente aux enchères », a recentré le DF qui a d’ailleurs rappelé qu’au niveau du département du Haut-Nyong dont dépend l’arrondissement de Ngoyla, une commission, présidée par le préfet des séants a siégé pour le déclassement de cette forêt avec tout ce qui va avec.
L’étude d’impact environnemental et social a été réalisée en 13 volumes. Il existe aussi un plan de gestion environnementale, une consultation des parties prenantes contenue dans le volume quatre, un plan de développement dans le volume cinq, un plan pour les peuples autochtones, un plan pour la biodiversité, entre autres. « Le déclassement de la forêt de Ngoyla ne va en rien, bafouer les droits d’usages des communautés riveraines. Même lorsque la mine va s’installer sauf que lorsque les opérations d’exploitation vont débuter, ces populations vont elles-mêmes évaluer les risques auxquels elles s’exposent en pénétrant ce milieu », a indiqué le DF.
La lutte contre l’exploitation illégale des ressources
Le ministre des Forêts et de la Faune a signé une autorisation d’enlever le bois de la forêt de Ngoyla le 8 septembre 2025 en réponse à leur demande. Contrairement à ce qui a été dit dans le communiqué des OSC, à l’issue de leur concertation du 11 au 12 juin 2026 à Mbalmayo, dans le Centre, le ministre des Forêts Jules Doret Ndongo, ne s’est jamais immiscé dans la gestion de la forêt communautaire Djoko-Baka. Le MINFOF approuve juste les contrats de sous-traitance proposés par les communautés elles-mêmes. « La suspension, le 10 mars dernier des activités de la forêt Djoko-Baka a été prononcée par le procureur de la République d’Abong-Mbang à cause d’un litige entre les communautés et leurs partenaires. Aucune barrière n’a été érigée autour de la réserve de Ngoyla empêchant l’accès des Baka pour y exercer leurs droits d’usage », a soutenu Angels Ombolo Tassi, le délégué régional des Forêts et de la Faune de l’Est.

Séverine Adja Mikaranko dit s’attendre à des félicitations des OSC à l’endroit de l’administration des forêts pour les résultats louables dans la lutte contre l’exploitation illégale des ressources au lieu des accusations qu’elle juge infondées parce que basées sur aucune vérification. Un constat que vont lui concéder des représentants des OSC. « L’initiative de cette rencontre est louable. Nous déplorons que nos tentatives de collaboration avec le MINFOF pour le recoupement de ces données que nous avons collectées sur le terrain se soient soldées par un échec. L’étude d’impact environnementale sur le fer de Mbalam est caduque ainsi que le plan de gestion environnementale qui a une durée de trois ans. Le chef qui pilote le projet de la forêt communautaire Djoko-Baka est bantou. Les articles 92 et 93 du code minier n’autorisent pas de permis quand la distance avec une communauté est de moins de 500 mètres », a relevé Alain Foulou de IFI Monitoring Group.
« Notre forêt couvre deux villages et deux communautés (Bantou et Baka) de deux villages (Assoumdélé et Seh) Nous ne voyons aucun problème si la présidence de gestion incombe à l’une ou l’autre communauté. Nous avons le procès-verbal qui donnent toutes les informations de notre assemblée générale. Les informations de la société civile relayées par les journalistes sont fausses. C’est parce que nous avons décidé de changer le gestionnaire du Système informatique de gestion des informations forestières de deuxième génération (SIGIFII) », a tranché le chef d’Assoumedélé, par ailleurs conseiller dans le comité de gestion de la forêt communautaire Djoko-Baka.
Les Baka ne devraient pas seulement servir de fonds de commerce aux OSC ; celles-ci doivent les accompagner, les aider dans la recherche des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent au quotidien a souhaité le délégué régional des forêts et de la faune.
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