Le rappel a été fait au cours d’un webinaire organisé le 25 août dernier par le Mouvement ODAS et l’Alliance des jeunes Champions d’Afrique francophone pour l’avortement sécurisé.
Par le Rédaction avec le Centre ODAS et AJCAF/AS
Le rappel a été fait au cours d’un webinaire organisé le 25 août dernier par le Mouvement ODAS et l’Alliance des jeunes Champions d’Afrique francophone pour l’avortement sécurisé.
Par le Rédaction avec le Centre ODAS et AJCAF/AS
Un panel de spécialistes rompus à la tâche a entretenu les participants au webinaire du 25 août 2026. Webinaire organisé par le Mouvement ODAS et l’Alliance des jeunes Champions d’Afrique francophone pour l’avortement sécurisé sur le thème : « Jeunesse et avortement sécurisé en Afrique francophone : briser le silence face à des contextes légaux différents pour garantir la santé, l'information et la dignité »
L’ouverture de l’échange par Kadidiatou Sow, directrice du Centre ODAS, en personne a dénoté de l’importance accordée à cette tranche de la population dont la journée à elle dédiée est commémorée le 12 août de chaque année. Pour 2026, la réflexion a porté sur : « Des contextes différents, des aspirations communes ». Une thématique aussitôt assimilée à la réalité de la jeunesse et de l’avortement sécurisé en Afrique francophone, selon la directrice du Centre ODAS ; se référant à certains ayant fait évoluer leur législation pendant que d’autres ne l’ont pas fait. Et malgré tout, les jeunes font face au manque d’information, au silence et aux difficultés d’accès à des soins sécurisés.
Pour Kadidiatou Sow le webinaire a pour but de faire avancer le débat sur le droit des jeunes à la santé et à l’information, avec un accent sur les conséquences de l’avortement à risque, les dispositions légales existantes ainsi que les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les soins sécurisés et de soins après-avortement. Pour Mme Sow qui a promis aux jeunes tout son soutien, il faut écouter, informer et outiller la jeunesse africaine francophone, par des données, des expériences de terrain et des échanges avec les participants, parce que l’Afrique a besoin d’une jeunesse informée, en bonne santé et libre de prendre des décisions pour elle-même.
Gestionnaire de projet et spécialiste en santé sexuelle et reproductive, Dr Nancylie Gbaguidi indiquera que, quoiqu’avec des cadres légaux différents en République Démocratique du Congo (RDC), au Bénin et au Sénégal, les jeunes filles restent les premières victimes lorsque l’information et les soins de qualité font défaut. La prévention passe d’abord par une éducation complète à la sexualité et un accès réel à la contraception, y compris d’urgence. Selon elle, l’éducation seule ne suffit toutefois pas : les services doivent être effectivement accessibles et les jeunes doivent pouvoir compter sur des pairs éducateurs, particulièrement dans les contextes où le sujet demeure stigmatisé.
Elle appelle également à intensifier l’information et la sensibilisation, notamment à travers des sources fiables, les lignes d’assistance et les relais communautaires. Pour elle, les soins complets liés à l’avortement doivent rester accessibles, y compris dans les contextes où l’avortement est légalement restreint. Une hémorragie, une infection ou un avortement incomplet constitue une urgence médicale qui doit être prise en charge rapidement et sans jugement.
Elle rappelle enfin que les soins après avortement comprennent également l’offre ou le conseil contraceptif et l’orientation psychosociale. Les jeunes doivent pouvoir s’informer auprès de sources fiables, savoir orienter un pair en difficulté et surtout écouter sans juger. Elle insiste également sur la nécessité de poursuivre le plaidoyer, de documenter les données et de transformer les engagements politiques et juridiques en accès réel aux services.
Pour sa part, Moinsalma Hassane, spécialiste de la santé publique et du management des programmes et services de santé, décrit le cadre sénégalais comme particulièrement restrictif. Elle rappelle que, selon une étude de l’Institut Guttmacher portant sur 2012, 51 500 avortements provoqués avaient été estimés cette année-là au Sénégal. Elle indique que 55 % avaient entraîné des complications et que 42 % des femmes concernées n’avaient pas eu accès aux soins post-avortement nécessaires.
Pour elle, ces données montrent que la restriction légale ne fait pas disparaître le besoin. Les jeunes filles sont confrontées à trois difficultés majeures : le silence, le retard et l’inégalité. La peur d’être jugées ou dénoncées peut les empêcher de demander de l’aide. Ce silence favorise les recours clandestins et peut entraîner une prise en charge tardive des complications. Les inégalités économiques et sociales accentuent encore les risques : les jeunes filles disposant de moyens et d’informations peuvent trouver des solutions plus sûres, contrairement à celles vivant en milieu rural, déscolarisées ou défavorisées.
Elle souligne également les conséquences sociales des grossesses non désirées : refus de paternité, rejet familial, bannissement, déscolarisation et fragilisation de l’avenir. Elle insiste donc sur la responsabilité collective en matière d’information, de contraception et de prévention.
Concernant le plaidoyer au Sénégal, elle recommande une approche de santé publique plutôt qu’un discours frontal ou idéologique. Elle préconise d’associer les leaders religieux et communautaires, de partir de préoccupations partagées (protection des jeunes, prévention des grossesses précoces et réduction des décès évitables) et de présenter la santé reproductive dans une approche globale : information, contraception, accueil sans jugement et prise en charge des complications.
Elle estime que la RDC et le Bénin ont enregistré des avancées importantes et appelle notamment à vulgariser les textes, renforcer les actions communautaires et sensibiliser les prestataires afin de réduire la stigmatisation.
Dorcas Monsia, sage-femme spécialisée en santé publique, revient sur les avancées apportées au Bénin par la loi n°2021-12, qui a élargi les situations permettant de recourir à l’avortement sécurisé, notamment en cas de détresse de la femme ou de la jeune fille. Elle rappelle que le délai légal est fixé à 12 semaines d’aménorrhée.
Selon elle, cette évolution offre désormais une base légale aux jeunes filles qui, auparavant, pouvaient être poussées vers des pratiques clandestines. La loi encadre également l’objection de conscience : lorsqu’un prestataire refuse de pratiquer l’acte pour des raisons personnelles, il doit orienter la patiente vers un autre prestataire ou une structure habilitée.
Plusieurs défis persistent cependant : méconnaissance de la loi, difficultés d’accès géographique aux services, insuffisance ou qualité des intrants et du matériel, confidentialité jugée insuffisante, crainte du jugement et coût des soins. Elle relève également la nécessité de renforcer la clarification des valeurs chez certains prestataires.
Sur le plan médical, elle évoque les risques liés aux avortements clandestins ou pratiqués dans de mauvaises conditions : hémorragies, infections pouvant évoluer vers une septicémie, avortements incomplets, perforations utérines, traumatismes et infertilité secondaire. Elle alerte également sur le recours croissant à des informations non fiables, aux pratiques traditionnelles et à la vente de produits présentés comme des kits d’avortement sur les réseaux sociaux.
Au-delà des complications physiques, elle souligne les conséquences psychologiques et sociales : isolement, honte, culpabilité, rupture familiale, déscolarisation, précarité et vulnérabilité accrue aux violences.
Elle insiste enfin sur la nécessité de mieux connaître le parcours légal de soins au Bénin. L’intervention doit être réalisée par un prestataire qualifié dans une structure autorisée, avec consentement éclairé et délai de réflexion prévu par la loi. Pour les mineures, l’autorisation parentale ne remplace pas leur propre consentement.
Dr Melchie Ibula, médecin, activiste sociale et militante féministe, met en avant les avancées juridiques enregistrées en RDC, notamment la ratification du Protocole de Maputo en 2008 et sa publication au Journal officiel en 2018. Elle considère cette évolution comme une étape importante pour l’accès aux droits sexuels et reproductifs et à l’avortement médicalisé dans les circonstances prévues par le protocole.
Elle rappelle toutefois que les adolescentes restent particulièrement exposées. Selon les chiffres qu’elle a cités, 27 600 avortements concerneraient des adolescentes, soit environ 166 avortements pour 1 000 adolescentes. À Kinshasa, 61 % des grossesses seraient non désirées et 43 % de celles-ci se termineraient par un avortement clandestin.
Elle relève plusieurs obstacles : coût des soins, chômage des jeunes, pratiques de certains prestataires, objection de conscience, peur, stigmatisation et manque d’informations fiables. À cela s’ajoutent les inégalités de pouvoir dans les relations, qui limitent parfois la capacité des jeunes filles à décider de leur sexualité et de leur santé reproductive.
Pour elle, une même grossesse peut avoir des conséquences très différentes sur le parcours du garçon et celui de la fille. La jeune fille peut être confrontée à l’abandon des études, au rejet familial, à la stigmatisation, aux difficultés financières et aux risques liés à un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions. Les violences sexuelles et les situations de conflit aggravent encore ces vulnérabilités.
Elle estime ainsi que la question ne doit pas être réduite à l’existence d’un service de santé. Il faut également s’interroger sur la capacité réelle des jeunes filles à y accéder, à prendre des décisions concernant leur corps et à exercer leurs droits.
Sur le plan juridique, elle identifie comme principal défi l’effectivité des engagements pris par la RDC et leur harmonisation avec le droit interne. Malgré la portée du Protocole de Maputo, des hésitations et contradictions persistent sur le terrain, créant de l’incertitude chez les prestataires, les magistrats, les femmes et les jeunes filles.
Pour elle, les engagements juridiques doivent être appliqués de manière cohérente à tous les niveaux.
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